L'année 2005 a été marquée par le retour de Zidane, Thuram et Makelele, qui a mis les Bleus sur la voie de la qualification pour la Coupe du monde en Allemagne...
Sous l'apparente continuité des résultats et du comportement, l'équipe de France a vécu plusieurs vies en 2005. Avec le fameux retour des anciens au coeur de l'été, elle a connu des épisodes parmi les plus spectaculaires de son histoire, épisodes relevaient encore de la science-fiction en juillet dernier. L'essentiel du scénario reste cependant à écrire. C'est en juillet prochain, en Allemagne, que tout cela finira par prendre sens. Car la France s'est qualifiée pour la Coupe du monde. C'était bien la seule chose qui comptait, même si ce fut réalisé à la dernière journée des éliminatoires, avec le plus faible total de points de la zone Europe, grâce à un nul entre l'Irlande et la Suisse (1-1). Sa vraie victoire dans ce parcours, la France l'avait remportée en Irlande un mois plus tôt (1-0).
Ce succès fut sans contestation possible le pic de son année, pimenté par un but splendide de Henry et un vrai combat d'équipe. Il avait trouvé sa source deux mois plus tôt, avec les retours conjugués de Zidane, Thuram et Makelele. La patrie pensait bien avoir définitivement perdu ses vedettes après l'Euro 2004. Mais ce trio d'anciens avait fini par avoir mal au coeur en contemplant les difficultés de l'équipe «en recontruction», chargée de se qualifier pour un Mondial par les voies normales pour la première fois en vingt ans. La «culture du match nul» ne l'y conduirait pas. Ce «savant mélange de manques de confiance, de continuité, de réalisme et de lucidité» selon les commentaires de L'équipe après le score de parité en Israël (1-1), avait relancé le débat sur la nécessaire présence des anciens. A cette époque, Barthez était encore le gardien n°1, Vieira l'incontestable capitaine, Givet un pilier de la défense centrale, et Pedretti titulaire dans l'entrejeu. Une autre époque.
C'est finalement l'équipe de France la plus vieille de l'histoire, avec plus de trente ans de moyenne d'âge, qui a montré la voie. Un épais voile de mystère plane encore au-dessus des circonstances exactes de ces retours. Selon la version officielle, Raymond Domenech a personnellement mandaté Patrick Vieira pour sonder les anciens. Zidane a saisi la perche, convaincu Makelele, pendant que Thuram venait à contrecoeur assumer son devoir. La réalité se rapproche sensiblement d'une auto-sélection des trois trentenaires, ce dont personne ne s'est ému bien fort. L'autre question que pose 2005 ne sera jamais tranchée : les Bleus se seraient-ils qualifiés sans ce recrutement de prestige ? Sans doute, selon Domenech, non selon Sagnol et le bon sens populaire. La fin d'année, marquée par le retour en grâce d'Anelka pour deux matches amicaux après trois ans et demi d'absence, puis par la remise à plat de la hiérarchie entre gardiens, a elle aussi redéfini l'équilibre d'une équipe expérimentée mais en pleine mutation.
La sélection aura traversé l'année en tanguant, secouée par plusieurs épisodes éprouvants pour les nerfs : de l'expulsion de Trezeguet en Israël à la suspension de Barthez, via le canular de la main sur le coeur, la froideur déplacée au soir de la qualification, la polémique de France - Costa Rica ou encore la fermeture de la communication du sélectionneur. De plus en plus maigres avec le temps, les commentaires de Raymond Domenech ont le mérite de faire l'économie de l'inutile prudence de ses prédécesseurs. Il ira en Allemagne «pour gagner» et ose cette posture alors que l'équipe de France s'est comportée en 2005 comme une équipe ordinaire, sécurisée par une certaine solidité défensive. Elle a encore bien des équations à résoudre pour aller au bout de son idée : d'abord créer un ciment entre les générations Zidane, Gallas et Diarra, ensuite trouver une animation qui mettrait enfin en valeur le potentiel offensif de l'équipe.
Si le groupe des 23 semble aujourd'hui relativement fermé, l'équipe-type reste à inventer. Henry et Trezeguet n'ont fait que se croiser et savent qu'une seule place est à prendre en présence de Zidane. Thuram est indiscutable dans l'axe, où Gallas meurt d'envie de le rejoindre. Vieira est intouchable sur le papier mais quelconque depuis presque deux saisons. Et Pires, qui aura seulement existé cette année via les clameurs du stade Saint-Symphorien, ne sait plus quelle posture prendre pour convaincre le sélectionneur qu'il doit revenir. Il sait que dans le football de sélection, six mois suffisent pour mener à bien une révolution. Les Bleus ne l'ont pas démenti l'adage cette année. Qu'ils ne se déjugent pas en cours de route. Il y a tant de choses à améliorer pour atteindre les objectifs en 2006...